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Holding crypto : structurer ses investissements en actifs numériques via une société holding

Holding crypto : structurer ses investissements en actifs numériques via une société holding

Holding crypto : structurer ses investissements en actifs numériques via une société holding

Les cryptos, c’est un peu comme les start-up : quand tout va bien, tout le monde veut « structurer ». Mais entre le wallet perso, le compte sur Binance et la tentation de créer une holding « pour optimiser », beaucoup d’investisseurs bricolent sans trop savoir où ils mettent les pieds. Et en fiscalité, le bricolage finit rarement bien.

Alors, est-ce qu’une holding crypto a du sens pour structurer ses investissements en actifs numériques ? Oui… mais pas pour tout le monde, et pas n’importe comment. On parle ici de droit des sociétés, de fiscalité, de comptabilité, de LCB-FT. Bref : ce n’est pas juste « créer une SAS et tout passer dedans ».

Holding crypto : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant de rêver à son « family office on-chain », clarifions les termes. Une holding, c’est simplement une société qui détient des participations (actions, parts sociales) dans d’autres sociétés, et éventuellement d’autres actifs (dont des cryptos).

Appliqué aux actifs numériques, une « holding crypto » peut désigner plusieurs réalités :

Autrement dit : ce n’est pas une forme juridique spécifique, mais un usage particulier d’une société existante, dans un univers (crypto) où la frontière entre perso et pro est souvent floue. Et c’est justement là que les ennuis commencent… ou s’évitent, si c’est bien pensé.

Pourquoi envisager une holding pour ses cryptos ?

On ne crée pas une holding « pour payer moins d’impôts » (du moins, pas officiellement…). On la crée pour répondre à des objectifs concrets. En crypto, les principaux sont :

Si votre stratégie se limite à acheter un peu de BTC et d’ETH sur le long terme avec quelques milliers d’euros, une holding crypto est probablement surdimensionnée. Si vous gérez plusieurs centaines de milliers d’euros, faites du trading fréquent, êtes associé d’un projet Web3, ou comptez faire de la crypto un pilier de votre patrimoine, là, on peut commencer à discuter sérieusement.

Petit détour utile : comment les cryptos sont imposées en France ?

Avant de choisir une holding, il faut comprendre ce qu’on cherche à éviter… ou à maîtriser.

Côté personne physique, le cadre se résume ainsi (version simplifiée) :

Côté société à l’IS (SAS, SARL …) :

Créer une holding, c’est donc accepter de faire « monter » la fiscalité au niveau de la société (IS), puis de réfléchir ensuite à comment on fait redescendre les fonds (dividendes, rémunérations, management fees, cessions de titres, etc.).

Holding crypto : comment la structurer concrètement ?

Une fois le principe admis, reste la vraie question : on met quoi, où ? Et sous quelle forme ?

En pratique, pour un investisseur basé en France, on retrouve souvent ces schémas :

Sur la forme, SAS vs SARL ? Tout dépend de vos objectifs :

Dans les deux cas, on parle en général d’une société soumise à l’IS, car la transparence fiscale (société de personnes) n’apporte pas grand-chose dans un contexte crypto, sauf stratégie très spécifique.

Les vrais atouts fiscaux d’une holding dans l’univers crypto

Quand on parle de holding, deux mots magiques reviennent : régime mère-fille et cession de titres. Oui, cela s’applique aussi à un environnement crypto… dès lors qu’il y a des sociétés en jeu.

1. Régime mère-fille

Si votre holding détient au moins 5 % du capital d’une filiale soumise à l’IS, elle peut bénéficier du régime mère-fille. Cela permet :

Exemple : vous créez une filiale de trading crypto très active, ou une société qui développe un protocole Web3. Les bénéfices restent dans la sphère « groupe », plutôt que de remonter directement chez vous en tant que personne physique.

2. Cession de titres plutôt que cession de cryptos

Autre angle intéressant : au lieu de revendre des cryptos en direct, certains investisseurs structurent leurs activités dans une société, puis revendent les titres de la société (parts ou actions). Le gain est alors une plus-value de cession de titres, potentiellement :

Attention : ce type de stratégie se prépare tôt, avec un vrai conseil juridique et fiscal. Monter une structure à la va-vite après avoir pris des gains massifs, puis espérer réécrire l’histoire… c’est généralement une mauvaise idée.

Les limites (et pièges) de la holding crypto

Évidemment, ce serait trop simple si la holding crypto n’avait que des avantages. Il y a aussi de sérieux bémols.

1. L’abus de droit fiscal qui rôde

Créer une holding qui n’a aucune substance (pas de véritable activité, pas de stratégie claire, juste un écran pour loger des cryptos et réduire l’impôt), c’est tendre la main à l’administration fiscale. Si le montage est jugé artificiel, purement fiscal, vous risquez une requalification, avec intérêts et pénalités.

Concrètement, votre holding doit :

2. La complexité comptable et réglementaire

Dès que vous mettez des cryptos dans une société, la fête de la compta commence :

Un comptable « traditionnel » se retrouve vite à l’agonie si vous lui envoyez un CSV de 10 000 lignes d’opérations crypto. Il faut un cabinet qui sait gérer les actifs numériques, sous peine d’erreurs coûteuses.

3. Le coût de fonctionnement

Une holding, ce sont :

Si vos montants en jeu sont modestes, les coûts fixes peuvent annihiler tout avantage théorique. Encore une raison pour ne pas créer une holding juste pour héberger l’équivalent de deux SMIC en altcoins.

Cas pratiques : quand la holding crypto commence à avoir du sens

Pour sortir des généralités, quelques scénarios typiques.

Scénario 1 : le trader actif semi-pro

Vous faites du trading crypto depuis plusieurs années, avec des volumes significatifs. Vos gains annuels sont irréguliers mais peuvent être très élevés les bonnes années. L’administration pourrait considérer que vous exercez une activité professionnelle.

Une structure à l’IS (éventuellement avec une holding) peut alors :

Scénario 2 : l’entrepreneur Web3 multi-projets

Vous êtes impliqué dans plusieurs sociétés (crypto et non-crypto), vous recevez parfois des tokens en contrepartie de votre participation à un projet, vous avez déjà une holding classique.

Scénario 3 : le patrimoine familial à structurer

Vous avez déjà un patrimoine significatif (immobilier, titres de sociétés, placements), et les cryptos sont devenues une ligne non négligeable de votre bilan perso. Vous commencez à penser succession, donation, pacte Dutreil.

Une holding patrimoniale, combinant participations et cryptos, permet :

Précautions pratiques avant de lancer sa holding crypto

Si l’idée vous séduit, quelques réflexes avant de foncer chez le greffe.

1. Clarifier vos objectifs

Posez-vous noir sur blanc :

Sans réponse à ces questions, la structure risque de ne pas être adaptée… ou de vieillir très mal.

2. Ne pas négliger le juridique

Les statuts « copiés-collés » d’un générateur en ligne peuvent suffire pour une petite SAS de conseil. Pour une holding crypto qui va détenir des actifs risqués et peut-être des filiales, c’est plus délicat.

3. S’entourer des bons professionnels

Un duo minimum à sécuriser :

Oui, cela a un coût. Mais se « payer » un redressement fiscal par ignorance, généralement, coûte plus cher.

Et demain ? Vers des holdings crypto plus « mainstream »

Le cadre juridique et fiscal autour des actifs numériques se densifie : règlement MiCA, PSAN, doctrine administrative, jurisprudence à venir. Ce qui était un Far West fiscal devient progressivement une zone plus balisée.

Dans ce contexte, la structuration de patrimoine via des holdings intégrant les cryptos va se banaliser :

Autrement dit : la question n’est plus « est-ce légitime de mettre des cryptos dans une holding ? », mais plutôt « comment le faire proprement, sans se créer une bombe fiscale ou juridique à retardement ? ».

En résumé : la holding crypto est un outil puissant pour ceux qui ont un volume significatif d’actifs numériques, une vraie stratégie, et une vision patrimoniale ou entrepreneuriale. Mal pensée, elle devient un millefeuille de contraintes sans gain réel. Bien construite, elle permet de réconcilier monde on-chain et monde off-chain, avec une structure que votre banquier (et votre inspecteur des impôts) peut comprendre sans aspirine.

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